Nickel Boys, huis-clos dans l’Amérique ségrégationniste des années 60

Nickel Boys – Colson Whitehead

nickel boys

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.


Mon avis

Déjà lauréat du prix Pulitzer de la fiction, Nickel Boys fait partie des nominés pour le Prix du Jury Audiolib 2021 et c’est dans ce cadre que j’ai eu l’immense plaisir de découvrir ce nouveau roman de Colson Whitehead, auteur d’un de mes coups de cœur d’une précédente sélection, Underground Railroad. Un grand merci à Audiolib !

Témoignage glaçant du racisme dans la Floride des années 60, Nickel Boys est le récit bouleversant du destin d’un jeune garçon Elwood Curtis qui ne manquera pas de vous toucher en plein cœur. Le détail le plus horrifiant est sans doute que cette histoire a été inspirée de faits réels, comme on le découvre dans la postface. L’auteur s’est minutieusement documenté pour nous livrer un témoignage quasi historique de cette époque. Comme dans Underground Railroad, la frontière entre fiction et réalité reste floue, la plume acérée de Colson Whitehead nous offre un écrit presque journalistique, représentatif de l’Amérique ségrégationniste de l’époque dans laquelle évolue le jeune Elwood, personnage à qui on s’attache et dont le destin va fatalement nous toucher. Elwood a un rêve, celui de devenir quelqu’un. Mais le destin en a malheureusement décidé autrement.

Il nous faut croire dans notre âme que nous sommes quelqu’un, que nous ne sommes pas rien, que nous ne valons pas rien, et il nous faut arpenter chaque jour les avenues de la vie avec dignité, et avec cette conscience d’être quelqu’un.
Martin Luther King

Le jeune garçon s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Pas de présomption d’innocence quand on a sa couleur de peau. Au lieu des études universitaires dont il rêvait, le voilà bientôt pensionnaire de Nickel, une maison de correction. Il y fait la connaissance de Turner qui va lui donner les clefs pour survivre dans cet enfer où les pensionnaires sont les souffre-douleur des pions.

La voix profonde et envoutante de Stéphane Boucher se fond à merveille dans le roman. Au fil de sa lecture, il se fait tour à tour narrateur de la vie d’Elwood, voix-off d’un destin brisé en plein vol, avant de prendre un ton plus incisif, aussi froid et aiguisé qu’un scalpel, pour disséquer le fait divers qui nous occupe. Avec horreur, on découvre le quotidien de ces jeunes, le racisme du personnel encadrant, leur sadisme qui ne semble pas avoir de limite… On reconnait bien là, l’écriture incisive du journaliste, qui brosse la toile de ce terrible fait divers ne laissant au lecteur aucun répit jusqu’au dénouement. Il suffit qu’un corps refasse surface des années plus tard dans l’enceinte de l’établissement, pour que les langues se délient enfin. Et dans la noirceur d’un lieu aussi sombre, une lueur d’espoir s’illumine, promesse d’un avenir plus brillant après la lutte acharnée portée par ceux qui ont voulu y croire, par les jeunes comme Elwood qui se sont rebellés quitte à finir six pieds sous terre dans le parc d’une maison de correction.

Une mécanique de justice mise en branle par une femme qui s’était assise dans un bus à une place qu’elle n’avait pas le droit d’occuper, par un homme qui avait commandé un pain de seigle à un comptoir interdit. Ou par une lettre contenant des preuves.

Colson Whitehead signe ici un brillant hommage afin qu’ils ne sombrent jamais dans l’oubli, tel que nous le prouve son émouvant épilogue. 

3.5 etoiles

Wildget_Prix_Audiolib_2021

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